Réjouir; réjouir quelqu’un; se réjouir (εὐφραίνω — euphrainō).
Le verbe εὐφραίνω signifie “réjouir, mettre en joie” et, au moyen ou passif, “se réjouir”. Le grec suggère souvent une joie active, qui se manifeste : fête, célébration, soulagement, exultation. Mais le garde-fou est important : le NT n’approuve pas automatiquement toute joie. Le co-texte décide si la réjouissance est juste (joie du salut, joie du ciel) ou si elle est illusoire et égoïste (comme dans la parabole du riche insensé). Logiquement, εὐφραίνω met en relief un mouvement intérieur qui se traduit par un comportement : on se réjouit, donc on parle, on célèbre, on s’installe dans une sécurité. Dans Luc 12,19, par exemple, l’homme se dit : repose-toi, mange, bois, réjouis-toi. Le verbe structure alors une logique de fausse assurance : il se réjouit parce qu’il pense avoir sécurisé sa vie. Le mot devient un indicateur : quelle est la source de la joie et sur quoi repose-t-elle ? Dans Apocalypse, le verbe peut marquer une joie de contraste : réjouissance du ciel ou appel à se réjouir face au jugement de Dieu. La pensée grecque consiste donc à suivre l’objet : qui se réjouit, pourquoi, et avec quel jugement du narrateur. εὐφραίνω n’est pas seulement “être content” ; il décrit une joie affichée, parfois festive. C’est un verbe qui révèle l’évaluation implicite du passage : la joie peut être un signe de salut, ou un signe de cécité. Ainsi, l’analyse grecque est simple mais profonde : repérer la source et la direction de la joie. Quand la joie est fondée sur Dieu, elle est solide; quand elle est fondée sur une illusion de contrôle, elle est fragile. Le verbe sert alors à rendre visible ce diagnostic. Lire εὐφραίνω correctement permet de ne pas moraliser la joie en soi, mais de discerner la joie vraie et la joie trompeuse selon le co-texte.
La Bible associe fortement la joie à la délivrance et à l’alliance. Les fêtes d’Israël sont des lieux de réjouissance devant Dieu : on se souvient et on célèbre, parce que Dieu a sauvé. Les Psaumes parlent de la joie qui naît de la présence de Dieu, et les prophètes annoncent une joie de restauration. Mais la pensée biblique connaît aussi une autre joie : celle des méchants, courte et trompeuse, fondée sur l’injustice ou sur une sécurité illusoire. Cela éclaire εὐφραίνω : la question n’est pas seulement “y a-t-il de la joie ?” mais “quelle joie ?”. Un mot de vie auprès de Dieu, ici, est de recevoir que Dieu veut une joie vraie, enracinée dans la fidélité de Dieu, pas dans la possession ou le contrôle. Dans Luc 12, le riche se réjouit parce qu’il croit son avenir assuré. La pensée hébraïque rappelle au contraire que la vie appartient à Dieu et que la sécurité n’est pas stockable. La joie biblique n’est pas une anesthésie; elle est une réponse à Dieu. Elle peut exister même dans l’épreuve, parce qu’elle s’appuie sur une promesse. Pour un lecteur occidental moderne, ce repère est éclairant : nous confondons facilement joie et confort, joie et consommation. L’Écriture révèle que la joie la plus profonde naît de la relation à Dieu et du salut reçu. Elle révèle aussi que certaines réjouissances sont des pièges : elles couvrent une absence de dépendance. Ainsi, εὐφραίνω devient un appel à discerner : est-ce que ma joie vient de la grâce de Dieu, ou d’une illusion de maîtrise ? Dieu éclaire la pensée hébraïque : la joie d’alliance n’est pas un luxe, c’est une force donnée par Dieu, mais elle demande un cœur tourné vers lui. La joie vraie s’attache à Dieu, pas au stock. C’est un mot de vie : se réjouir devant Dieu, parce que Dieu est fidèle, et apprendre à quitter les joies fragiles qui mentent.
Aujourd’hui, “se réjouir” est souvent assimilé à se divertir ou à consommer une expérience agréable. La clarification biblique avec εὐφραίνω est que la joie a un objet et une source, et que le texte peut l’approuver ou la dénoncer. Dans Luc 12,19, l’homme se réjouit parce qu’il croit avoir sécurisé sa vie par l’accumulation. Un contresens moderne serait de lire ce passage comme une condamnation de la joie en général. Ce n’est pas la joie qui est visée, mais la joie fondée sur une illusion de contrôle et sur une vie sans Dieu. Un autre contresens serait de moraliser en disant : “ne te réjouis jamais”. La Bible appelle au contraire à une joie solide, mais elle la rattache à Dieu, pas au stock. Pour aujourd’hui, εὐφραίνω devient une question pratique : sur quoi repose ma réjouissance ? Est-ce que ma joie dépend de mes réserves, de mes statistiques, de mon image, ou de Dieu ? Le verbe aide à identifier une joie fragile : celle qui se parle à elle-même, qui s’installe, qui croit pouvoir “se reposer” sans considérer Dieu. Cela révèle un mécanisme moderne très courant : chercher la sécurité et ensuite se permettre la joie. Le texte renverse : la vraie sécurité est en Dieu, donc la vraie joie naît d’une relation, pas d’un contrôle. Cela peut aussi corriger une spiritualité triste : Dieu ne veut pas des croyants écrasés. Il veut une joie vraie, délivrée de l’illusion. Lire εὐφραίνω ainsi aide à prêcher une joie adulte : joie qui reconnaît la fragilité de la vie, qui n’idolâtre pas les biens, et qui se réjouit parce que Dieu est fidèle. La conversion peut donc toucher nos joies, pas seulement nos peurs : apprendre à se réjouir au bon endroit.
Verbe : se réjouir / faire réjouir; exprime la joie, parfois en contexte de fête ou de célébration.
Peut décrire une joie légitime (ciel qui se réjouit) ou une joie égocentrée (riche qui se dit “réjouis-toi”).
fêter; exulter; se réjouir
se réjouir
Lc 12,19; Ap 12,12; Ap 18,20
G2165
euphraino
Le verbe peut désigner (A) joie simple (faire la fête) ou (B) joie ironique/éphémère (paraboles : riche insensé). Le co-texte tranche. Ne pas supposer que la joie est toujours approuvée : parfois elle est critiquée (joie égoïste).
Registre émotionnel et social : réjouissance, fête, célébration. Le passage peut le charger moralement : joie juste (salut) ou joie illusoire (autosatisfaction).