honte; déshonneur (ressenti ou public)
αἰσχροκερδῶς (aischrokerdōs) signifie « pour un gain honteux », « de manière cupide et vile ». L’adverbe qualifie la manière d’agir : l’action est menée sous l’impulsion d’un profit indigne. Sa logique est motivationnelle : il désigne le “pourquoi” corrompu d’une conduite. Le garde-fou est de ne pas réduire αἰσχροκερδῶς à “avec intérêt” au sens neutre. Le mot implique un gain qualifié de honteux : obtenu ou recherché au prix de la justice, de la vérité, de la dignité. Comprendre αἰσχροκερδῶς, c’est donc comprendre un adverbe qui dévoile une orientation intérieure : le profit gouverne, et cette gouvernance tord les décisions. Lexicalement, il rend visible le fait qu’une action peut être faussée non par sa forme extérieure, mais par sa motivation. Il se distingue d’une rémunération légitime : ici, il s’agit d’un profit vil, incompatible avec la droiture. Ainsi, αἰσχροκερδῶς est un mot de critique éthique : agir pour un gain honteux. Il invite à examiner les motivations derrière une action : qui profite, comment, et qui est lésé. Le contexte précisera l’expression (corruption, manipulation, exploitation), mais le noyau reste : cupidité vile qui déshonore et pervertit l’action.
L’Ancien Testament condamne le gain injuste : pot-de-vin, balances fausses, oppression du pauvre, jugements vendus. Les prophètes dénoncent ceux qui tordent le droit pour de l’argent et qui exploitent la faiblesse pour s’enrichir. Cet arrière-plan éclaire αἰσχροκερδῶς : agir “pour un gain honteux” correspond à une conduite où la recherche de profit pervertit la justice. La Loi interdit les présents qui aveuglent et appelle à une parole vraie, à une équité réelle. La sagesse avertit que l’avidité détruit la maison et brise la confiance : le gain devient idolâtrie quand il passe avant Dieu et avant le prochain. Ainsi, la Bible ne condamne pas toute richesse, mais elle condamne le profit acquis par injustice et par honte. Pour un lecteur moderne, cet horizon corrige l’idée que l’argent serait moralement neutre en toutes circonstances. Dans la pensée biblique, les motivations comptent : certaines actions sont impures parce qu’elles sont dictées par un profit vil. αἰσχροκερδῶς, lu dans cet arrière-plan, renvoie donc à une manière d’agir corrompue par l’avidité : une conduite “achetée”, où l’honneur et la droiture sont sacrifiés sur l’autel du gain.
Le lecteur moderne connaît la corruption, les conflits d’intérêts et les décisions prises pour le profit. αἰσχροκερδῶς exprime précisément cette manière d’agir : pour un gain honteux. La clarification est que le terme ne vise pas le fait d’être payé, mais le fait d’être motivé par un profit vil, obtenu ou recherché au mépris de la justice. Un contresens fréquent est de traduire par “avec intérêt” comme s’il s’agissait d’une motivation normale. Lexicalement, le gain est qualifié : honteux, donc déshonorant. Un autre contresens est de limiter cela à des crimes visibles. La cupidité honteuse peut être subtile : favoritisme, manipulation, exploitation, abus de pouvoir. Pour un lecteur moderne, αἰσχροκερδῶς aide à nommer l’éthique des motivations : une action peut paraître correcte et pourtant être tordue par son “pourquoi”. Comprendre αἰσχροκερδῶς, c’est donc comprendre un adverbe de critique morale : agir par cupidité vile. Il invite à regarder la transparence et la justice : qui gagne, qui perd, et la droiture a-t-elle été respectée ? Le noyau reste : de manière cupide et honteuse.
Nom : honte / déshonneur. Dans Lc 14, la honte est la conséquence publique d’une recherche d’honneur mal placée (banquet).
Dans Lc 14,9, αἰσχύνη désigne la honte comme déshonneur public : après avoir pris une place trop élevée, la personne est déplacée vers le bas « devant tous ». Le sens est contraint par le cadre du banquet (places/honneur) et par l’humiliation visible : c’est une mise à l’écart sociale, pas d’abord une introspection.
Piège 1 : réduire la honte à un sentiment moderne (“mauvaise estime de soi”), alors que souvent il s’agit d’honneur public. Piège 2 : moraliser la honte sans le texte : parfois la honte vient d’un péché, parfois d’une humiliation sociale; le co-texte décide. Piège 3 : oublier que l’Évangile promet de ne pas être confus/honteux en Christ (selon les passages).
Souvent lié à l’honneur/honte : être humilié, confus, couvert de honte. Peut apparaître dans des appels à ne pas rougir de l’Évangile, et dans des scènes où l’orgueil est abaissé.
honneur; assurance; hardiesse (selon contexte)
déshonneur; humiliation; confusion (selon contexte)
ἐντροπή (honte / confusion, nuance) ; καταισχύνω (couvrir de honte, verbe) ; ἀτιμία (déshonneur, ignominie) — selon le passage, vérifier s’il s’agit d’un ressenti intérieur, d’un déshonneur public, ou de l’action de “faire honte”.
honte
Lc 14,9–11; Rm 10,11; 1 P 2,6
G0152
aï-SKHÜ-nè (approx.)
aischune
Option A : honte comme émotion intérieure (confusion, humiliation ressentie). Option B : honte comme déshonneur public (perte de réputation, être couvert de honte). Le co-texte tranche : s’il est question d’être “confus”/“rougir”/“être couvert”, ou d’un regard public, la honte est plutôt publique; s’il est question de conscience, elle peut être intérieure. En Lc 14,9 (banquet), l’indice est la scène publique : « alors tu commenceras avec honte à occuper la dernière place » → déshonneur visible (B) lié au renversement d’honneur. Ne pas psychologiser : suivre la situation sociale du récit.
- Lc 14,7–11 — “honte” (G152) : déshonneur public au banquet quand l’on est déplacé vers la dernière place. Indice : scène sociale (places) + « devant tous » implique une humiliation visible, liée à l’honneur. - Rm 10,5–13 — (v.11) Option A (honte = émotion intérieure) / Option B (honte = confusion/déshonneur d’être finalement “réfuté”) : le co-texte (« celui qui croit… ne sera pas confus ») oriente vers B : ne pas être exposé comme faux / ne pas être déçu publiquement dans sa confiance. La nuance est liée à l’espérance confirmée, pas à une simple gêne psychologique. - 1 Pi 2,1–10 — (v.6) la promesse « ne sera point confus » est reprise dans un cadre christologique (Pierre vivante / pierre angulaire) : la nuance reste celle d’une confiance qui n’aboutit pas à la honte/confusion, parce qu’elle repose sur le Messie. Indice : citation d’Ésaïe + contraste croyants / incrédules dans la péricope.
Registre honneur/honte (social) : perte d’honneur, humiliation devant témoins, mise “en bas” dans un cadre public (repas, assemblée). Peut aussi toucher la conscience (honte morale), mais à Lc 14 le cadre est surtout social : l’honneur accordé ou retiré.