Compassion, miséricorde profonde; aimer avec tendresse et vouloir faire grâce.
Dans la logique biblique reprise par le grec, la compassion se comprend comme un mouvement qui part de celui qui est fort vers celui qui est dans le besoin. Le passage d’Es 55 articule une progression nette : abandonner la voie mauvaise → revenir à l’Éternel → recevoir compassion et pardon abondant. Cette structure rend la compassion intelligible : elle n’est pas une indulgence vague, mais la réponse de Dieu au retour, un accueil qui restaure. Dans le vocabulaire grec, l’idée se rapproche de la miséricorde active : Dieu “se penche” et agit pour faire grâce. La compassion est donc une étape logique du message : elle fonde la possibilité réelle d’une conversion, parce que Dieu est disposé à accueillir.
La racine ר-ח-מ est liée à l’idée des “entrailles / ventre maternel” : une compassion qui vient du plus profond, comme l’affection d’un parent pour son enfant. Dans l’AT, cette image soutient l’alliance : même quand le peuple s’égare, l’Éternel a une pitié tendre et il revient vers lui pour le relever. La compassion n’efface pas l’appel à la justice; elle explique pourquoi le retour est possible : Dieu ne ferme pas la porte. En Es 55,7, la compassion accompagne le pardon : Dieu ne fait pas que “ne pas punir”, il accueille et restaure. Cela rejoint l’arrière-plan de l’exode et de la restauration : Dieu prend en charge un peuple incapable de se sauver par ses propres ressources.
On peut entendre “compassion” comme un simple sentiment (“être touché”) ou comme une tolérance (“tout accepter”). En Es 55, la compassion de Dieu est plus solide : elle se manifeste dans son accueil du pécheur qui revient et dans un pardon réel. Le texte ne dit pas que Dieu minimise le mal; il appelle à abandonner la voie mauvaise, puis annonce que Dieu a compassion. La compassion biblique n’est donc pas l’opposé de la vérité, mais la disposition de Dieu à restaurer malgré la faute. Pour un lecteur moderne, cela corrige deux contresens : 1) “Dieu est dur, il ne veut que juger” et 2) “Dieu est gentil, donc tout se vaut”. Ici, Dieu est miséricordieux et il appelle à revenir.
Rāḥam exprime une compassion “viscérale”, une pitié tendre qui pousse à secourir et à pardonner (souvent attribuée à Dieu).
En Es 55,7, la compassion désigne la disposition de Dieu à accueillir le méchant qui revient : il ne se contente pas de tolérer, il a pitié et pardonne largement.
Ne pas réduire à une simple émotion humaine (“je plains”) : dans la Bible, la compassion implique un acte de grâce. Ne pas confondre avec la “compassion” sentimentale sans vérité : ici, elle accompagne l’appel à abandonner la voie mauvaise et à revenir.
Souvent utilisé pour la compassion de l’Éternel envers son peuple : Dieu “a compassion” et fait grâce, même après la faute, parce qu’il est miséricordieux.
dureté; cruauté; indifférence; froideur; jugement sans miséricorde
miséricorde; pitié; tendresse; bonté; clémence
חֶסֶד (ḥesed) : bonté fidèle / loyauté d’alliance. רָחַם insiste davantage sur la pitié tendre et le fait de se pencher pour secourir.
compassion
Es 55,7; Es 54,10; Ps 103,13; Lam 3,22
H7355
רחם (r-ḥ-m)
ra-kham (ḥ = “h” guttural)
racham