Dans Lc 17,12, πόρρωθεν (« de loin / à distance ») décrit la position des dix lépreux : ils restent volontairement à l’écart et ne s’approchent pas de Jésus, conformément à leur exclusion rituelle. Le mot ne décrit pas une émotion mais une distance concrète et visible, qui encadre toute la scène : ils crient au lieu de s’avancer, et leur guérison mène ensuite à un « retour » (un seul revient).
Dans Luc 17,12, l’adverbe πόρρωθεν (G4207) place d’emblée les dix lépreux « de loin ». Le texte ne dit pas seulement qu’ils étaient loin : il construit la scène sur une logique de distance. Parce qu’ils restent à l’écart, la communication se fait par un cri (« ils élevèrent la voix », v.13) et non par une approche. La distance devient ainsi un marqueur narratif : ces hommes sont physiquement présents, mais séparés de la communion normale. Ensuite, Jésus répond par une parole qui les met en mouvement (« allez… montrez-vous », v.14). Le récit souligne que la purification arrive « en s’en allant » : la distance initiale n’empêche pas l’obéissance, et l’obéissance précède la restauration. Puis la logique se renverse : un seul, voyant qu’il est guéri, « revint » et se jette aux pieds de Jésus (v.15–16). Le passage passe donc d’un éloignement collectif à un retour personnel. Enfin, la question de Jésus (« où sont les neuf ? », v.17) met en relief que la vraie réponse à la grâce n’est pas seulement de recevoir à distance, mais de revenir vers Dieu et vers Jésus pour rendre grâce. Ainsi, G4207 sert la structure : distance → cri → parole → obéissance → purification → retour → foi reconnue (v.19).
Dans l’univers biblique, la distance n’est pas seulement géographique : elle marque souvent une séparation liée à l’impureté, au péché ou à la condition humaine devant le Dieu saint. Dans Lévitique 13–14, le lépreux est mis à l’écart et doit signaler sa condition : la communauté vit concrètement la frontière entre ce qui est pur et ce qui rend impur. Luc 17,12 reprend ce cadre sans l’expliquer longuement : les dix hommes se tiennent « de loin » parce que leur état les place hors de la proximité normale. Cette distance porte donc une réalité de vie : exclusion, impossibilité de toucher, impossibilité d’entrer librement dans la ville ou au temple. Or la miséricorde de Dieu, dans l’Ancien Testament, franchit souvent ces barrières : il entend le cri du faible et du rejeté. Ici, les lépreux crient, et Jésus répond. En les envoyant aux sacrificateurs, il les oriente vers la voie biblique de réintégration (Lv 14) : la restauration n’est pas abstraite, elle vise une communion retrouvée. Le retour du Samaritain met aussi en lumière un autre type de distance : être « étranger ». Le texte montre que Dieu accueille celui qui vient avec foi, même depuis l’extérieur. La distance, dans ce passage, sert donc à faire sentir la séparation, puis à révéler la grâce qui restaure et ramène vers Dieu.
Un lecteur moderne peut entendre « de loin » (G4207) comme un simple détail de décor : ils sont loin parce qu’ils ont peur ou parce que c’est plus pratique pour raconter. Mais dans Luc 17,12, la distance est un signe : ces hommes sont tenus à l’écart. Le texte suggère une barrière sociale et religieuse liée à la lèpre : ils ne s’approchent pas, ils crient. La distance n’est donc pas d’abord un manque de courage; elle exprime une condition d’exclusion et d’impossibilité de proximité. Cela aide à lire la scène sans naïveté : la miséricorde commence là où la relation normale est empêchée. Ensuite, on pourrait penser que, puisqu’ils sont guéris, l’histoire est finie : la « réussite » serait la guérison. Or le récit continue et insiste sur un autre mouvement : revenir. La différence entre les dix et le seul Samaritain n’est pas une différence de symptômes, mais de réponse. Ainsi, la distance du début sert à mettre en relief la proximité finale : un seul se jette aux pieds de Jésus et rend grâce. La clarification principale est donc : le texte n’oppose pas « loin = mauvais » et « près = bon » de façon simpliste; il montre plutôt que la grâce rejoint l’humain dans sa distance réelle, et que la foi authentique conduit ensuite à un mouvement de retour, de reconnaissance et de gloire rendue à Dieu. C’est cette logique, plus que le détail spatial, que le mot aide à saisir.
Adverbe : « de loin / à distance » (Lc 17,12).
Adverbe : « de loin, à distance » (distance spatiale qui empêche l’approche directe).
Piège : lire « de loin » comme une simple mise en scène neutre. Dans Lc 17,12, la distance exprime aussi une exclusion réelle (impureté) et la barrière sociale/religieuse qui empêche l’approche. Le texte souligne que Jésus répond malgré cette distance (ils crient), et qu’un seul franchit ensuite une autre distance : il revient vers Jésus pour rendre grâce.
Lc 17,12 : les lépreux se tiennent à distance. He 11,13 : les promesses sont « vues de loin » (image de distance).
près; proche; s’approcher; à côté
de loin; à distance; loin; éloigné
À distinguer de G4206 (πόρρω = loin, forme adverbiale de base) et d’expressions qui décrivent une distance relationnelle/morale sans indication spatiale. Ici (Lc 17,12), la distance est explicitement physique et visible.
éloignés
Lc 17,12; He 11,13
G4207
De πόρρω (G4206), « loin ».
por-RO-then
porrhōthen
Le co-texte impose une distance réelle : le verset précise qu’ils « se tenaient éloignés », puis qu’ils « élevèrent la voix » pour parler à Jésus (Lc 17,12–13). L’élément « cri » confirme qu’ils ne sont pas à portée de conversation normale. Dans ce passage, le mot ne signifie pas « manque de foi » : au contraire, ils obéissent ensuite à l’ordre de Jésus (v.14). On retient donc le sens concret « à distance » (séparation visible), qui sert la progression du récit : distance → cri → obéissance → purification → retour d’un seul vers Jésus.
- Lc 17,12 : distance imposée/assumée par des hommes rituellement exclus; ils interpellent Jésus en criant. - He 11,13 : distance figurée (les promesses « vues de loin ») : ce n’est pas spatial mais perspectif.
Le mot active un registre concret de séparation et de frontière : les lépreux sont physiquement tenus à l’écart et parlent de loin. Dans le contexte, cette distance correspond à une réalité cultuelle (impureté / exclusion) et relationnelle (impossibilité de s’approcher). La scène est construite sur ce contraste entre distance initiale et retour final vers Jésus.