Adjectif : « étranger » (non issu du peuple, outsider). Dans Lc 17,18, le mot souligne que celui qui revient rendre gloire à Dieu est “de dehors” (un Samaritain), ce qui renforce le contraste avec les neuf autres.
ἀλλογενής (allogenēs) est un adjectif d’identité : il qualifie quelqu’un comme “d’une autre origine”, donc comme un outsider par rapport à un groupe donné. Dans Lc 17,18, la logique du mot est entièrement gouvernée par la construction narrative. D’abord, Luc précise : « il était Samaritain » (v.16). Ensuite, Jésus pose une série de questions qui rendent le contraste mathématique incontestable : dix purifiés, neuf absents, un seul revenu (v.17). Enfin, Jésus conclut en nommant ce revenant : « il ne s’est trouvé que cet étranger pour revenir rendre gloire à Dieu ? » (v.18). Ainsi, ἀλλογενής n’est pas un simple étiquetage ethnique : c’est un marqueur rhétorique. Le mot “ferme” l’argument du passage : la reconnaissance attendue (revenir, glorifier Dieu, rendre grâces) n’a pas été manifestée par ceux qu’on aurait spontanément attendus, mais par celui qui est explicitement “de dehors”. En grec, l’adjectif fonctionne donc comme un projecteur : il met en relief la surprise et prépare la parole finale sur la foi (v.19). Le sens se verrouille par ces indices : l’identification “Samaritain”, le retour concret, et la question de Jésus.
Dans l’univers biblique, la catégorie “dedans/dehors” (peuple/étranger) est une réalité concrète : elle touche l’alliance, le culte et la vie sociale. Mais la Bible montre aussi que Dieu accueille, protège et bénit l’étranger qui se tourne vers lui. Cette tension éclaire Lc 17,11–19. Le passage se déroule sur une frontière (Samarie/Galilée) et met en scène des exclus (lépreux) : l’identité et l’accès à la communion sont en jeu. Quand Jésus nomme le Samaritain « étranger » (ἀλλογενής), il fait sentir une distance d’appartenance : celui qui revient n’est pas “du cercle attendu”. Pourtant, c’est précisément lui qui “rend gloire à Dieu” et se prosterne aux pieds de Jésus. L’arrière-plan sémitique aide à entendre la force du contraste sans l’endurcir : le mot ne sert pas à mépriser, mais à rendre visible la surprise de la grâce. Le vrai critère de proximité avec Dieu, dans la scène, n’est pas l’étiquette sociale, mais la réponse de foi : revenir, reconnaître Dieu, et venir à Jésus. Pour un lecteur occidental, cela rappelle que la Bible traite l’appartenance non comme privilège automatique, mais comme responsabilité : la grâce reçue doit conduire à la reconnaissance et à la gloire rendue à Dieu.
Aujourd’hui, “étranger” est souvent entendu soit comme un simple statut administratif (“quelqu’un qui n’est pas d’ici”), soit comme un mot chargé d’émotions (peur, rejet, débat identitaire). Lc 17 aide à clarifier : ἀλλογενής n’est pas un commentaire politique, et ce n’est pas non plus une insulte gratuite. Le mot sert un objectif pédagogique très précis : mettre en lumière une ironie narrative. Dix personnes reçoivent la même grâce; une seule revient glorifier Dieu et rendre grâces; et cette personne est explicitement “de l’extérieur” (Samaritain). Le passage oblige donc le lecteur à distinguer deux choses : (1) recevoir un bienfait, (2) répondre correctement à ce bienfait en revenant vers Dieu. Un contresens moderne serait de moraliser le terme en “eux vs nous” comme si Jésus valorisait une ethnie contre une autre. Le texte vise plutôt à démonter une attente religieuse : ceux qu’on aurait jugés proches ne reviennent pas, et l’outsider devient l’exemple. Autre contresens : réduire l’épisode à “dire merci”. Le récit relie la reconnaissance à “rendre gloire à Dieu” et à venir aux pieds de Jésus. Ainsi, “étranger” fonctionne comme un miroir : il révèle que la foi se reconnaît à un mouvement de retour vers Dieu, pas à une appartenance présumée.
« Étranger » : celui qui n’appartient pas au groupe attendu; outsider (Lc 17,18).
Dans Lc 17,18, ἀλλογενής qualifie le Samaritain : “personne de l’extérieur” par rapport au groupe attendu. Le mot sert à souligner l’ironie : le seul qui revient vers Jésus et glorifie Dieu est précisément celui qui est désigné comme outsider.
Piège : transformer « étranger » en jugement ethnique global. Dans Lc 17,18, le mot sert le contraste narratif (l’outsider revient) et met en lumière la reconnaissance, pas une doctrine d’exclusion.
Lc 17,18 : Jésus nomme “étranger” celui qui revient rendre gloire à Dieu, soulignant l’ironie narrative (le seul reconnaissant vient de l’extérieur).
du peuple; des nôtres; proche
étranger; outsider; non du peuple (selon contexte)
À distinguer de : - ἀλλότριος (“étranger / appartenant à un autre”, souvent au sens de “qui n’est pas à soi”) ; - ἀλλόφυλος (“d’un autre peuple”, utilisé notamment pour des étrangers au peuple) ; - πάροικος / παροικία (séjourner comme étranger / résidence provisoire). Dans Lc 17,18, le mot précis est ἀλλογενής : “outsider” dans une logique dedans/dehors.
étranger
Lc 17,18
G241
ἀλλογενής (de ἄλλος, « autre », + γένος, « race / origine / peuple »).
al-lo-gue-NÈS (approx.)
allogenēs
Dans Lc 17,18, le co-texte impose que ἀλλογενής qualifie le Samaritain (v.16) et sert le contraste 10 / 9 / 1 (v.17). Le sens ne se déduit pas d’une idée générale de “l’étranger”, mais de l’ironie narrative : celui qui revient rendre gloire à Dieu vient de l’extérieur du groupe attendu. Option A : “étranger” au sens ethnique/social (Samaritain vs Juifs) ; Option B : “étranger” au sens plus large d’outsider (dehors/dedans). Le passage retient surtout B, appuyé par A : l’identité (Samaritain) rend la surprise plus forte. Interdit : transformer le mot en doctrine d’exclusion ou en jugement ethnique global. Obligation : relier le sens à un indice textuel (questions de Jésus + retour du seul).
- Lc 17,18 : nuance narrative d’“outsider” : l’« étranger » est celui qu’on n’attend pas comme modèle, mais qui revient glorifier Dieu. Indices : mention explicite « il était Samaritain » (v.16) + série de questions 10/9/1 (v.17) + « rendre gloire à Dieu » (v.18).
Registre d’appartenance/identité (dedans/dehors) : qui fait partie du groupe reconnu. Dans Lc 17, le mot sert surtout à marquer une frontière sociale/religieuse, afin de mettre en relief la surprise de la foi reconnaissante.