Mt 26,17–28 ; Ex 12,1–14 ; 1 Co 5,7
G3957
Pâque
La Pâque est, dans la mémoire d’Israël, l’événement fondateur de la délivrance : Dieu libère de l’esclavage, juge l’oppression, et forme un peuple qui lui appartient. Le repas pascal n’est pas seulement une commémoration : il est une pédagogie d’alliance, où l’on raconte et où l’on “se souvient” en célébrant. Dans ce cadre, Luc 22 est décisif : Jésus situe sa souffrance imminente à l’intérieur de cette mémoire, comme l’accomplissement vers lequel la Pâque pointait. La pensée sémitique comprend l’accomplissement comme continuité : le même Dieu qui délivre en Exode délivre encore, mais d’une manière ultime par le Messie. L’annonce “jusqu’à l’accomplissement dans le Royaume de Dieu” ajoute l’horizon prophétique : la délivrance pascale annonce la restauration finale, souvent décrite comme un festin sous le règne de Dieu. Ainsi, πάσχα tient ensemble passé et futur : passé de l’Exode, présent de la passion du Messie, futur du Royaume. Le repas devient donc un lieu de lecture biblique : la Pâque est relue à la lumière du Messie, et la passion est comprise comme acte de délivrance et de fondation d’une alliance promise.
πάσχα désigne la Pâque, et dans Luc 22 le mot porte à la fois le sens du repas (événement) et du cadre théologique (délivrance). Jésus dit : “j’ai vivement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir” : la logique est temporelle (avant la passion) et interprétative (la Pâque va recevoir son accomplissement). Le mot relie donc le récit à l’histoire du salut : la Pâque n’est pas un simple souvenir national, elle est la matrice d’un accomplissement messianique. Jésus annonce aussi qu’il ne la mangera plus “jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu” : πάσχα est ainsi encadré par une tension présent/futur. Exégétiquement, le mot oblige à lire l’unité : repas pascal → parole d’interprétation (corps/sang) → attente du Royaume. La Pâque devient le lieu où Jésus se présente comme celui qui donne le sens ultime de la délivrance : sa souffrance imminente est comprise comme l’événement vers lequel la Pâque pointait. Ainsi, πάσχα fonctionne comme charnière narrative : il ancre la Cène dans l’exode et oriente vers l’accomplissement du Royaume.
La Pâque peut être perçue comme une tradition ancienne, distante de notre monde. Luc 22 montre qu’elle est la “grammaire” choisie par Jésus pour interpréter sa mort et annoncer l’espérance du Royaume. Clarification : le passage n’invite pas à voir la Cène comme un rite isolé, mais comme une Pâque accomplie : mémoire de délivrance + interprétation messianique + attente de l’accomplissement. Pour la prédication exégétique, πάσχα aide à relier les éléments du texte : désir de Jésus, annonce “jusqu’au Royaume”, puis parole sur le corps donné et le sang de l’alliance. On reste dans la logique biblique : la Pâque n’est pas seulement un contexte, elle est un cadre théologique qui rend la passion intelligible et l’espérance du Royaume concrète. Et parce que Jésus parle d’“accomplissement”, la Pâque devient aussi une clé de lecture : l’histoire ne se répète pas à l’identique, elle avance vers une plénitude. Cela aide à prêcher le passage comme accomplissement et promesse, sans réduire la Cène à un rappel sentimental.
Dans Matthieu, la Pâque encadre le dernier repas et la passion. Jésus prend la Pâque et en révèle l’accomplissement : sa mort est un acte de délivrance et d’alliance (“sang de l’alliance”). La fête devient une clé pour comprendre la croix.
Registre cultuel/mémoriel : la Pâque est une fête instituée (calendrier, repas, mémoire) qui rappelle la délivrance et l’alliance. Dans Matthieu 26, elle est le cadre liturgique immédiat du repas où Jésus interprète sa mort. Le mot active donc le registre de l’Exode, du sacrifice et de l’accomplissement.
Pour enseignants : relier Ex 12 et Mt 26 : délivrance → accomplissement en Christ. Application : gratitude, foi, et mémoire de l’œuvre de Jésus.
fête de la Pâque, repas pascal
Le co-texte distingue parfois la fête (période) et le repas (moment). En Mt 26, on prépare et on mange : le sens “repas pascal” est fortement présent, dans le cadre plus large de la fête. Donc ne pas choisir automatiquement un sens abstrait (“Pâque” = idée), mais suivre les verbes (préparer/manger). Règle : observer si le passage parle d’un calendrier (“le jour…”) ou d’un repas (“préparer/ manger”), et ajuster.
Ne pas réduire la Pâque à une “tradition”. Elle porte un sens de délivrance. Ne pas séparer la Cène de la Pâque : Matthieu montre un accomplissement. Éviter les spéculations calendaires; rester sur le sens théologique.
ἄζυμα — pains sans levain (contexte) ; θυσία — sacrifice (concept)
- Lc 22,1–2 — “Pâque” (G3957) : fête imminente qui accroît la tension (foule + calendrier). L’indice est l’approche de la fête et la peur du peuple. - Lc 22,7–13 — “Pâque” : repas à préparer; l’indice est “où veux-tu que nous préparions la Pâque ?” (dimension concrète).